Quand tombent les murs

Publié le dimanche, 11 mars 2018 dans : Histoires à succès

Quand tombent les murs

Madame Judith Levesque (à gauche) et Madame Tracy Desbiens (à droite), en compagnie de leurs 53 élèves.

Constatant que bon nombre de jeunes n’aimaient pas aller à l’école, deux enseignantes de 6e année de l’école Notre-Dame d’Edmundston, Mesdames Judith Levesque et Tracy Desbiens, ont réussi avec brio à changer la donne auprès des élèves de leurs classes. Pour ce faire, elles n’ont pas hésité à sortir des sentiers battus et à modifier leurs façons de faire.

Il faut dire que les deux enseignantes ressentaient depuis un certain temps un inconfort dans leur tâche journalière. Leur méthode de fonctionnement allait tout simplement contre leur instinct pédagogique. Les résultats d’un sondage dévoilant qu’une grande proportion d’élèves de leur école n’appréciaient pas leur expérience éducative a été une importante prise de conscience pour elles.

Elles ont donc réfléchi sur ce qu’elles souhaitaient vraiment pour leurs élèves. Or, toutes deux avaient la même vision, c’est-à-dire créer un environnement éducatif axé sur le plaisir d’apprendre. Un environnement éducatif qui permettrait aux enfants de bouger davantage, de s’ouvrir à leur communauté, de développer leur esprit critique et de favoriser l’acquisition des compétences essentielles pour réussir leur vie en ce 21e siècle.  

Appuyées par l’équipe-cadre du District scolaire francophone du Nord-Ouest et par la direction de leur école, elles ont entrepris de changer à la fois la structure physique de leurs salles de classe et leur manière d’enseigner.

Depuis septembre, les deux classes ne font maintenant qu’une. Une porte a été installée sur le mur qui les sépare. Les 53 élèves de 6e année de l’école se retrouvent donc dans le même local. Ils travaillent et apprennent en grand groupe ou en petits groupes, selon leurs besoins ou encore selon leurs champs d'intérêt.

Par exemple, lors d’une période consacrée aux mathématiques, certains peuvent bénéficier d’enseignement individualisé et d’autres peuvent faire des exercices d’enrichissement. Quand vient le temps de développer divers projets, les élèves ayant les mêmes intérêts peuvent aussi se regrouper et choisir leur travail.

Mesdames Levesque et Desbiens favorisent l’apprentissage de la matière au programme par l’expérimentation. Grâce à des fonds provenant de Place aux compétences, elles achètent le matériel nécessaire pour la réalisation d’expériences scientifiques, de projets d’arts et de projets de cuisine.

De plus, grâce à la collaboration et à l’engagement de l’enseignante de musique de l’école, Madame Geneviève Toussaint, les élèves ont l’occasion d’apprendre à jouer de l’ukulélé ou de faire de la création musicale.

Mesdames Levesque et Desbiens veillent également à ce que l’expérience éducative de leurs jeunes apprenants transcende les murs de l’école. Ainsi, les élèves reçoivent des invités. Ils ont aussi l’occasion de se déplacer dans leur communauté. Des partenariats ont notamment été créés avec les campus locaux du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick et de l’Université de Moncton, de même qu’avec le Centre des arts d’Edmundston.

Les enseignantes multiplient les occasions contribuant à la construction identitaire des élèves. Elles ont entre autres introduit des périodes de philosophie qui permettent aux jeunes d’exprimer leurs idées et leurs opinions sur divers sujets, que ce soit à propos de l’actualité ou de leurs intérêts personnels. « La profondeur des réflexions des enfants ne cesse de nous surprendre », mentionne madame Desbiens.

Impacts positifs
La motivation des élèves de la classe de 6e année est régulièrement vérifiée. À cet effet, ceux-ci répondent à des sondages toutes les semaines. Dès le début de l’année scolaire, en novembre, 100 % d’entre eux disaient aimer venir à l’école. « C’est une belle réussite! », commente fièrement la directrice de l’école, Madame Josée Bernier.

La directrice souligne également que Mesdames Levesque et Desbiens font preuve d’un remarquable sens de l’innovation et de beaucoup de créativité, et ce jour après jour. « C’est un défi de taille de choisir d’aller à contrecourant en enseignement. Et elles relèvent ce défi avec succès », ajoute-t-elle.

Lorsqu’on demande aux élèves ce qu’ils aiment le plus en classe, plusieurs répondent qu’ils n’ont pas l’impression de « travailler ». « On apprend en faisant des activités et des jeux! », s’exclame Jolène Blanchette. « C’est l’fun parce que l’on fait des projets qui nous intéressent », lance Catherine Bossé.

Les cours de philosophie ont aussi la cote. « J’aime que l’on puisse avoir nos opinions », témoigne Rassim Ahmia.

Bien sûr, les qualités des enseignantes contribuent à ensoleiller les journées scolaires des enfants. « Elles sont gentilles et pleines d’humour », affirme Alexandre Léger. « Elles sont intéressantes et accueillantes », renchérit Ève Mélanie Michaud.

Les commentaires positifs sont aussi nombreux du côté des parents. Entre autres, l'une des mamans, Madame Lori Ann Cyr, se réjouit que sa fille ait l’occasion de développer son employabilité et son sens de l’entrepreneuriat, notamment à travers des expériences de vie réelle dans sa communauté.

Par Julie Francœur
Agente de développement culturel et communautaire à l’école Notre-Dame

Quand tombent les murs

Les élèves de 6e année de la classe de Mesdames Judith Levesque et Tracy Desbiens (à l’avant), en pleine séance de philosophie.